The Department of French & Italian presents a Gertrude F. Weathers lecture by
Anne Berthelot
Muances et semblances de Merlin
Friday, April 11,
2008
3:30 pm
Maple Room, Indiana Memorial
Union
In French, followed by reception
About the speaker: An “agrégée des lettres” and a graduate of the Ecole Normale Supérieure, Anne Berthelot is now professor of French and Medieval Studies at the University of Connecticut. Following her dissertation for the French “Doctorat d’Etat” on the writer in 13th century French literature, she has written numerous books and articles on Medieval literature, focusing especially on the Arthurian legend with a comparatist approach. She is part of the team who is making the so-called Lancelot-Grail Cycle accessible to a large audience in the prestigious series of “La Pléiade” (Gallimard). Her most recent book is a synthetic presentation of the Arthurian legend for the Editions du Chêne, La Légende du roi Arthur (Fall 2004), which has now been translated into German. She is working on a book-length study of the enunciation problems in the Roman de Perceforest, and at the same time is preparing an edition of a little-known Arthurian romance that may be considered as the source for the Perceforest, the Roman des fils du roi Constant.
Abstract: Les origines de Merlin sont à chercher du côté du Pays de Galles, dans les figures à demi mythiques du devin Myrddin et du barde Taliesin. C’est cependant par le biais des chroniques latines qu’il fait son entrée dans l’espace littéraire: celle du Pseudo-Nennius, et surtout celle de Geoffroy de Monmouth, qui publie en 1152 l’Historia regum Britanniae – dont une section, contenant précisément les « Prophetiae Merlini », sont diffusées à part en 1138 et constituent pour l’époque un best-seller durable. Quelques années plus tard, Geoffroy compose une Vita Merlini, dont le contenu semble difficilement conciliable avec celui de l’Historia : son contemporain Giraut de Cambrie cherchera non sans désinvolture à résoudre la contradiction en affirmant l’existence de deux Merlin, Merlinus Sylvester et Merlinus Ambrosius.
C’est ce dernier, toutefois, qui l’emporte, et qui fait une remarquable carrière dans la littérature romanesque française du XIIIe siècle. L’essor foudroyant du personnage est dû au prétendu Robert de Boron, qui transforme un « enfant sans père » issu du folklore en « fils du diable », Antéchrist manqué devenu prophète d’un nouvel Evangile du Graal, et un « magicien » mineur, instrumentalisé par le récit , en une figure d’écrivain en position de maîtrise quasi absolue sur la production romanesque. Ce Merlin doté de pouvoirs exceptionnels emblématise l’ambiguïté de la création littéraire, et se révèle un obstacle insurmontable à la liberté de la fiction. Les auteurs des grands romans en prose arthuriens mettent en place différentes stratégies d’évitement et de suppression pour faire disparaître un personnage terriblement embarrassant, qui ne fonctionne plus dans le cadre de l’esthétique nouvelle liée à la « matière de Bretagne ». On ne compte pas moins de trois romans parallèles dont la fonction essentielle est en définitive de parvenir à l’élimination de Merlin. Néanmoins, la fascination exercée par le « fils du diable » et le « prophète des Englois » se prolonge au-delà de la grande époque des textes arthuriens, donnant naissance à des œuvres profondément atypiques comme le Roman des fils du roi Constant, et à plus long terme le Roman de Perceforest.
Sponsored by the Mary-Margaret Barr Koon Fund of the Department of French & Italian and the Medieval Studies Institute.
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