Editions Gentleman-CambrioleurCollection gérée par Jeffrey Graf à Indiana University, Bloomington
Source:
Nouveau recueil de farces françaises des XVe et XVIe siècles,
publié, d'après un volume unique appartenant à la
Bibliothèque Royale de Copenhague, par Emile Picot et
Christophe Nyrop. Paris: Damascène Morgand & Charles Fatout,
1880.
FARCE NOUVELLE
TRESBONNE ET FORT JOYEUSE
DU CUVIER,
a troys personnaiges, c'est assavoir:
JAQUINOT,
JAQUINOT commence
Le grant dyable me mena bien
LA FEMME
. . . . .
Dea, que de plaictz!
LE MARI.
Qu'i a il donc?
LA FEMME
Quoy? Et que sçay je?
LA MERE
Dea, il n'y a point de raison
JAQUINOT
Hon, toutesfois
LA MERE
Non? Pourquoy? Par saincte Marie,
JAQUINOT
C'est bien dit, ma mére Jaquette,
LA MERE
J'entens tresbien, mais je propose
JAQUINOT
Jehan! Vertu sainct Pol, qu'est ce a dire?
LA MERE
Mon amy, non,
JAQUINOT
Par bieu, j'en suis plus harié.
LA MERE
Certes, Jaquinot, mon amy,
JAQUINOT
Abonny, moy! Vertu sainct George!
LA FEMME
Il fault faire au gré de sa femme;
JACQUINOT
Ha! sainct Jehan! elle me commande
LA MERE
Pour vous mieulx souvenir du faict,
JAQUINOT
A cela ja point ne tiendra;
LA FEMME
Or escripvez qu'on puisse lire.
JAQUINOT
Le corps bieu, je n'en feray rien,
LA FEMME
Or mettez la, sans long blason,
JAQUINOT
Par Nostre Dame de Boulongne,
LA FEMME
Pour chauffer au feu ma chemise.
JAQUINOT
Me dictes vous que c'est la guise?
LA FEMME
C'est la guise, aussi la façon;
LA MERE
Escripvez.
LA FEMME
Mettez, Jaquinot.
JAQUINOT
Je suis encor au premier mot;
LA MERE
De nuyt, se l'enfant se resveille,
JAQUINOT
Je ne sçauroye prendre deduit,
LA FEMME
Escripvez.
JAQUINOT
Par ma conscience,
LA FEMME
Mettez, ou vous serez frotté.
JAQUINOT
Ce sera pour l'aultre costé.
LA MERE
Apres, Jaquinot, il vous faut
LA FEMME
Bluter, laver, essanger.
LA MERE
Aller, venir, courir, trotter,
LA FEMME
Faire le pain, le four chauffer.
LA MERE
Mener la mousture au moulin,
LA FEMME
Faire le lict au plus matin,
LA MERE
Et puis mettre le pot au feu,
JAQUINOT
Si fault que tout cela se mette,
LA MERE
Or escripvez donc, Jaquinot:
LA FEMME
Fournier,
JAQUINOT
Buer;
LA FEMME
Bluter,
LA MERE
*nbsp;
Laver,
LA FEMME
Et essanger.
JAQUINOT
Laver quoy?
LA MERE
Les potz et les platz.
JAQUINOT
Attendez, ne vous hastez pas:
LA FEMME
Et les escuelles.
JAQUINOT
Et, par le sang bieu, sans cervelle
LA FEMME
Mettez, pour vous en souvenir;
JAQUINOT
Bien. Laver les....
LA FEMME
Drapeaulx breneux
JAQUINOT
Je regny goy! ceste matiére
LA FEMME
Mettez, mettez, hay, sotte beste;
JAQUINOT
Par le corps bieu, rien n'en sera,
LA FEMME
Il fault que je vous face injure;
JAQUINOT
Helas! plus je n'en veulx debatre;
LA FEMME
Il ne rest, pour le surplus,
JAQUINOT
Il y est, hola!
LA MERE
Et puis aussi faire cela
JAQUINOT
Vous en aurez une gouppée
LA FEMME
Mais tous les jours cing ou six fois;
JAQUINOT
. . . . .
. . . . . [oins]
LA FEMME
. . . . . [oye]
JAQUINOT
Corbieu, je suis bien coquillart
LA MERE
Il y sera, puis qu'il me plaist.
JAQUINOT
Le voila signé; or tenez;
LA MERE
Or le gardez bien tel qu'il est.
LA FEMME
Allez, je vous commande a Dieu.
En parlant a Jaquinot.
Or sus, tenez la, de par Dieu,
JAQUINOT
Point je n'entens que voulez faire.
LA FEMME
Jouée te bailleray si grande!
JAQUINOT
Cela n'est point a mon rollet.
LA FEMME
Si est vrayment.
JAQUINOT
Jehan, non est.
LA FEMME
Non est? Si est Jehan, s'il te plaist;
JAQUINOT
Hola, hola! je le veulx bien;
LA FEMME
Tenez ce bout la; tirez fort.
JAQUINOT
Le sang bieu, que ce linge est ort,
LA FEMME
Mais ung estronc en vostre bouche.
JAQUINOT
La merde y est par mon serment.
LA FEMME
Je vous ruray tout au visage;
JAQUINOT
Non ferez, non, de par le dyable.
LA FEMME
Or sentez la, maistre quoquart.
JAQUINOT
Dame, le grant dyable y ait part!
LA FEMME
Faut il icy tant d'alibis
Elle chet en la cuve.
Mon Dieu, soyez de moy records,
JAQUINOT
Cela n'est pas a mon rolet.
LA FEMME
Tant ce tonneau presse,
JAQUINOT
Las! la vieille vesse,
LA FEMME
Mon bon mary saulvez ma vie;
JAQUINOT
Cela n'est point a mon rollet,
LA FEMME
Helas! qui a moy n'attendra,
Jaquinot lyt son rolet.
JAQUINOT
Boulenger, fournier, buer,
LA FEMME
Le sang me faict desja muer;
JAQUINOT
Baiser, accoller et fourbir.
LA FEMME
Tost pensez de me secourir.
JAQUINOT
Aller, venir, trotter, courir.
LA FEMME
Jamais n'en passeray ce jour.
JAQUINOT
Faire le pain, chauffer le four.
LA FEMME
Sa, la main; je tire a ma fin.
JAQUINOT
Mener la mousture au moulin.
LA FEMME
Vous estes pis que chien matin.
JAQUINOT
Faire le lict au plus matin.
LA FEMME
Las! il vous semble que soit jeu.
JAQUINOT
Et puis mettre le pot au feu.
LA FEMME
Las! ou est ma mére Jacquette?
JAQUINOT
Et tenir la cusine nette.
LA FEMME
Allez moy querir le curé.
JAQUINOT
Tout mon papier est escuré,
LA FEMME
Et pour quoy n'y est il escript?
JAQUINOT
Pour ce que ne l'avez pas dit.
LA FEMME
Cherchez doncques si vous voirrez
JAQUINOT
Cela n'est point a mon roulet.
LA FEMME
Et sa, la main, mon doulx amy,
JAQUINOT
Amy? mais ton grant ennemy;
LA MERE
Hola, hault!
JAQUINOT
Qui heurte a la porte?
LA MERE
Ce sont vos amys, de par Dieu.
JAQUINOT
Tresbien, puis que ma femme est morte.
LA MERE
Et ma fille, est elle tuée?
JAQUINOT
Noyée elle est en la buée.
LA MERE
Faulx meurdrier, qu'esse que tu dis?
JAQUINOT
Je prie a Dieu de paradis,
LA MERE
Helas! ma fille est trespassée.
JAQUINOT
En teurdant elle s'est baissée,
LA FEMME
Mére, je suis morte, voyla,
LA MERE
En ce cas je seray habille.
JAQUINOT
Cela n'est point a mon roulet.
LA MERE
Vous avez grand tort en effaict.
LA FEMME
Las! aydez moy.
LA MERE
Meschant infame,
JAQUINOT
De par moy, elle y demourra;
LA FEMME
Aydez moy.
JAQUINOT
Point n'est au rollet;
LA MERE
Dea, Jaquinot, sans plus resver,
JAQUINOT
Ce ne feray je, sur mon ame,
LA FEMME
Si hors d'icy me voulez mettre,
JAQUINOT
Et si ferez?
LA FEMME
Tout le mesnaige,
JAQUINOT
Or sus doncques, lever la fault,
LA FEMME
Jamais n'y mettray contredit,
JAQUINOT
Je seray doncques desormais
LA MERE
Si en mesnaige y a discorde
JAQUINOT
Aussi je veulx certifier
LA FEMME
Aussi bien m'en est il mal prins,
JAQUINOT
Heureux suis se le marché tient,
LA FEMME
Je vous le tiendray sans nul sy.
JAQUINOT
Par cela doncques je feray
Cy fine la Farce du Cuvier.
Imprimé nouvellement.
SA FEMME
ET LA MERE DE SA FEMME.
Quant je me mis en mariage;
Ce n'est que tempeste et oraige,
. . . . .
. . . . . [ien];
On n'a que soulcy et peine.
Tousjours ma femme se demaine
Comme ung saillant, et puis sa mére
Afferme tousjours la matiére.
. . . . .
. . . . . [est]
Je n'ay repos, heur, ne arrest;
Je suis peloté, tourmenté
. . . . .
. . . . . [té]
De gros cailloux sur ma servelle.
L'une crye, l'autre grumelle;
L'une mauldit, l'autre tempeste,
Soit jour ouvrier ou jour de feste.
Je n'ay point d'aultre passetemps;
Je suis au renc des mal contens,
Car de rien ne fais mon proffit,
Mais, par le sang que Dieu me fist,
Je seray maistre en ma maison
. . . . .
. . . . .
. . . . .
. . . . . se m'y maitz,
Taisez vous, si ferez que saige.
Il y a tousjours a refaire,
Et ne pences pas a l'affaire
De ce qu'il fault a la maison.
Ne de propos; par Nostre Dame,
Il faut obeyr a sa femme,
Ainsy que doit ung bon mary,
. . . . .
. . . . . [ry]
Se elle vous bat aulcunes fois
Quant vous fauldrez.
Ce ne souffriray de ma vie.
Pensez vous, se elle vous chastie
Et corrige en temps et en lieu,
Que se soit par mal? Non, par bieu;
Ce n'est que signe d'amourette.
Mais ce n'est rien dit a propos
De faire ainsi tant d'agios.
Qu'entendez vous? Voyla la glose.
Que ce n'est rien du premier an.
Entendez vous, mon amy Jehan?
Vous me acoustrez trop bien en sire
D'estre si tost Jehan devenu.
. . . . .
. . . . . [u]
J'ay non Jacquinot; mon droit non
L'ignorez vous?
Mais vous estes Jehan marié.
Vous estes un homme abonny.
J'aymeroys mieulx perdre la gorge.
Abonny, moi? Benoiste Dame!
C'est cela, s'on le vous commande.
Trop de negoces en effaict.
Il vous convient faire ung roullet
Et mettre tout en ung fueillet
Ce qu'elle vous commandera.
Commencer m'en voys a escripre.
Prenez que vous me obeyrez
Ne jamais ne desobeyrez
De faire tout le vouloir mien.
Sinon que chose de raison.
Pour eviter de me grever,
Qu'il vous fauldra tousjours lever
Premier pour faire la besongne.
A cest article je m'oppose.
Lever premier! Pour quelle chose?
Apprendre vous fault la leçon.
Vous me hastez tant que merveille.
Ainsi que faict en plusieurs lieux,
Il vous fauldra estre songneux
De vous lever pour le bercer,
Pourmener, porter, apprester,
Parmy la chambre et fust minuict.
Car il n'a y point d'aparence.
Il est tout plain jusque a la rive.
Mais que voulez vous que j'escripve?
. . . . .
. . . . . [aut]
Boulenger, fournier, buer,
Peine avoir comme Lucifer,
Sur peine d'estre bien bastu,
Et tenir la cuisine nette.
Il fauldra dire mot a mot.
Boulenger,
Les potz, les platz
Je ne sçauroit tant retenir.
Entendez vous? car je le veulx.
De nostre enfant en la riviére.
Ne les motz ne sont point honnestes.
Avez vous honte de cela?
Et mentirez, puis que j'en jure.
Je vous batteray plus que plastre.
Il y sera, n'en parlez plus.
Que le mesnaige mettre en ordre,
Que present me ayderez a tordre
La lessive auprès du cuvier,
Habillé comme ung esprevier.
Escripvez.
Aulcunes fois a l'eschappée.
En quinze jours ou en ung moys.
Je l'entens ainsi pour le moins.
Rien n'en sera, par le bon Saulveur.
. . . . .
. . . . . [eur.]
. . . . .
. . . . . [orge]
Cinq ou six fois! Vertu sainct George!
. . . . .
. . . . . [ois]
Cinq ou six fois! Ne deux, ne trois.
. . . . .
. . . . . [ra]
Par le corps bieu, rien n'en sera.
Qu'on ait du villain malle joye!
Rien ne vault ce lasche paillart.
D'estre ainsi durement mené.
Il n'est ce jour d'huy homme nay
Qui sceust icy prendre deduict.
Raison pour quoy? Car jour et nuict
Me fault recorder ma leçon
. . . . .
. . . . . [on]
. . . . .
. . . . . [aist].
Depeschez vous et le signez.
Gardez bien qu'il ne soit perdu.
Si je debvois estre pendu,
Dès a cette heure je propose
Que je ne feray aultre chose
Que ce qui est a mon rolet.
Et prenez ung peu la suée
Pour bien tendre nostre buée;
C'est un des pointz de nostre affaire.
Mais qu'esse qu'elle me commande?
Je parle du lever, follet!
Le voyla la, qui te puisse ardre!
. . . . .
. . . . . [ardre]
. . . . .
. . . . . [ien].
C'est raison, vous avez dit vray;
Une aultre foys je y penseray.
Il fleure bien le mux de couche.
Faictes comme moy gentillement.
Voicy ung trespiteux mesnage.
Ne cuidez pas que ce soit fable.
Vous m'avez gasté mes habis.
Quant convient faire la besongne?
Retenez le! Que malle rongne
Vous puisse saisir par le corps!
Ayez pitié de ma pauvre ame;
Aydez moy a sortir dehors,
Ou je mourray par grant diffame.
Jaquinot, sauvez vostre femme;
Tirez la hors de ce bacquet.
J'en ay grant destresse;
Mon cueur est en presse.
Las, pour Dieu, que je soye ostée!
Tu n'es que une yvresse;
Retourne ta fesse
De l'aultre costé.
Je suis ja toute esvanouye.
Baillez la main ung tantinet.
Car en enfer el descendra.
La mort me viendra enlever.
Bluter, laver, essanger.
Je suis sur le point de mourir.
Mais je vous prometz sans long plet
Que cela n'est a mon rolet.
Saulvez vous comme vous vouldrez,
Car, de par moy, vous demourrez.
En la rue quelque varlet.
Car de me lever ne suis forte.
Vouldrois t'avoir baisée morte.
Je suis arrivée en ce lieu
Pour sçavoir comme tout se porte.
Tout mon souhait est advenu;
J'en suis plus riche devenu.
A monsieur sainct Denys de France,
Qu'un dyable luy casse la pance
Avant que l'ame soit passee
Puis la pongnée est eschapée,
Et a l'envers est cheute la.
Se ne secourez vostre fille.
Jaquinot, la main, s'il vous plaist.
La laisserez vous mourir la?
Plus ne vueil estre son varlet.
Impossible est de le trouver.
Ayde moy a lever ta femme.
Se premier il ne m'est promis
Que en possession seray mis
Desormais d'estre icy le maistre.
Je le promectz de bon couraige.
Sans jamais rien vous demander,
Ne quelque chose commander,
Se par grant besoing ne le fault.
Mais, par tous les sainctz de la messe,
Je veulx que me tenez promesse,
Tout ainsi que vous l'avez dit.
Mon amy, je le vous prometz.
Maistre, car ma femme l'accorde.
On ne sçauroit fructifier.
Que le cas est a femme laict
Faire de son maistre varlet,
Tant soit il sot ou mal aprins.
Comme on a veu cy en presence,
Mais desormais en diligence
Tout le mesnaige je feray;
Aussi la servante seray,
Comme par droit il appartient.
Car je vivray sans nul soucy.
Je vous le prometz, c'est raison,
Maistre serez en la maison
Maintenant, bien consideré.
Que plus ne vous seray divers,
Car retenez, a motz couvers,
Que par indicible follye
J'avoys le sens mis a l'envers,
Mais mesdisans sont recouvers,
Quant ma femme si est rallie,
Qui a voulu en fantasie
Me mettre en sa subjection.
Adieu; c'est pour conclusion.