Editions Gentleman-CambrioleurCollection gérée par Jeffrey Graf à Indiana University, Bloomington
Source:
Nouveau recueil de farces françaises des XVe et XVIe siècles,
publié, d'après un volume unique appartenant à la
Bibliothèque Royale de Copenhague, par Emile Picot et
Christophe Nyrop. Paris: Damascène Morgand & Charles Fatout,
1880.
FARCE MORALISEE
a quatre personnaiges, c'est assavoir:
DEUX HOMMES
ET LEURS DEUX FEMMES,
DONT L'UNE A MALLE TESTE ET L'AUTRE
EST TENDRE DU CUL
LE PREMIER MARY commence
Qui n'a jamais en sa maison
De plaisir une seule dragme
Que veut il avoir?
LE SECOND MARY
Sur mon ame,
Mal temps en chascune saison.
Dont te vient ce mal?
LE PREMIER MARY
De tenson.
LE SECOND MARY
Voire; mais de qui?
LE PREMIER MARY
De ma femme,
Qui n'a jamais en la maison
De plaisir une seule dragme.
LE SECOND MARY
La mienne est d'une aultre façon.
El chante et devise; c'est basme.
LE PREMIER MARY
La mienne cry, tempeste et blasme;
Par quoy demande en ma raison:
Qui n'a jamais en sa maison
De plaisir une seulle dragme
Que peut il avoir?
LE SECOND MARY
Sur mon ame,
Mal temps en chascune saison.
LE PREMIER MARY
Si je vouloys recorder sa leçon...
Laissons la la, car c'est pis que des mors:
Verset de dueil et respons de tenson.
Son bec d'aspic gecte par marrisson,
Son oeil sourdant, dont tous les jours suis mors;
Mors ay esté et je m'y suis amors,
Mort souhaitant plus que joye et soulas.
Lassé en suis, car ay receu le mors
Mordant en bouche, dont souvent je dis: las!
LE SECOND MARY
De la mienne jamais je n'en fus las.
LE PREMIER MARY
Et la raison?
LE SECOND MARY
Tout mon plaisir accorde.
LE PREMIER MARY
Corps de moy Dieu, tenu je suis es latz
De la mére de haine et de discorde;
Oncques corde, qui le larron encorde,
Encordelant, ne sera si diverse
Envers celuy qu'elle estrangle ou encorde,
Recorde toy, que ma femme est perverse
LE SECOND MARY
Elle est preude.
LE PREMIER MARY
Je le confesse,
Et si suis tout seur et certain
Qu'el n'est paillarde ne putain;
Mais vela: elle est magistralle
De soy mesme, et si est si malle
A ce propos que bien lui semble
Qu'il n'y a nul qui luy ressemble.
Incessament el m'y fretelle:
« Voire dea, je ne suis point celle
» Qui ayt faict cecy, qui ayt faict cela. »
Somme, il n'y a ne sol ne la,
Tant s'effroye hault en ses riottes,
Qu'el n'excedera de trois nottes;
C'est horreur de l'ouyr tencer.
LE SECOND MARY
Impossible t'est de penser
Le plaisir qu'ay avec la mienne,
Car de quelque part que je viengne,
Je luy porteray ce regnom,
Jamais ne me dira sinon:
« Mon amy, bien soyez venu. »
Et puis je suis entretenu,
Scez tu comment? Impossible est
De la sçavoir dire, car c'est
Ung vray paradis que d'y estre.
LE PREMIER MARY
Ergo doncques tu es le maistre
En ta maison.
LE SECOND MARY
En doubtez vous?
LE PREMIER MARY
Mais en parlant cy entre nous
Te feroit elle point janin
Ta femme . . . . . . . [in]?
LE SECOND MARY
Par bieu, nenny.
LE PREMIER MARY
Dictes, compére.
Il n'y auroit pas trop affaire.
A femme qui faict bonne chére
A son mary, gard le derriére.
Qu'en dictes vous?
LE SECOND MARY
A! y a un bien.
Mauldit soit il qui en scet rien;
Aussi j'en veulx rien sçavoir.
LE PREMIER MARY
Voire, mais tu pourroys avoir
Reproche, s'il estoit ainsi.
LE SECOND MARY
Maudit soit qui en a soulcy
Quant a moy, car il y a un poinct:
De son faict je ne m'enquiers point
LE PREMIER MARY
Et pour quoy?
LE SECOND MARY
Que dyable ay je affaire
De cercher ce qui m'est contraire
Et que ne vouldroys point trouver?
LE PREMIER MARY
Par bieu, si fault il esprouver
Tout secrétement se ma femme
Est point a cela.
LE SECOND MARY
Sur mon ame,
Il me semble que ton espreuve
C'est un grant mal. Si tu la treuve,
Que feras tu?
LE PREMIER MARY
Que je feray?
Par le sang bieu, je la tueray.
LE SECOND MARY
Si la tues, tu es perdu.
LE PREMIER MARY
Et pour quoy?
LE SECOND MARY
Tu seras pendu.
LE PREMIER MARY
Je feray doncques aultrement:
Je la battray.
LE SECOND MARY
Oui? Comment?
La bonne a battre si s'empire,
Et la maulvaise en devient pire.
Scez tu point que dit ung proverbe?
Que a battre la maulvaise gerbe
Se pert la peine du villain.
Oultre, se tu es inhumain
Et puis que a battre tu l'assaille,
Trop souvent gasteras la paille,
Que encores pourroit proffiter.
LE PREMIER MARY
Quel reméde donc?
LE SECOND MARY
 
N'atoucher
A ta femme en nulle maniére.
Mais qu'el te face bonne chére,
C'est le plus fort.
PRIMUS
Je n'ay pas peur
De la mienne; j'en suis trop seur.
LE SECOND MARY
Que dyable crains tu donc?
PRIMUS
Sa teste,
Car je n'ay que bruyt et tempeste
En la maison, dont que je vienne.
LE SECOND MARY
Et je crains le cul de la mienne.
PREMIER MARY
Le cul! Quoy?
LE SECOND MARY
On m'a faict entendre
Puis ung peu qu'elle a le cul tendre.
PREMIER MARY
Le cul tendre? Tu me faictz rire.
Pleust a dieu, le souverain sire,
Que test et teste de la mienne
Ressemblast le cul de la tienne!
Conseille moy sur cest affaire.
LE SECOND MARY
Il lui fault prendre ung bon clystére
Pour lui alleger le cerveau.
PREMIER MARY
De vray?
SECOND MARY
Pour la bien faire taire,
Il lui fault prendre ung bon clystére
LE PREMIER MARY
Et si el veult crier et braire
Comme tousjours?
SECOND MARY
Sans larme d'eau,
Il luy fault prendre ung bon clystére
Pour luy alleger le cerveau.
PRIMUS
Mais encoire?
SECOND MARY
Il n'est rien si beau,
Pour la chaleur et la tempeste
Et la maulvaistié de sa teste.
S'el prend medecine par bas,
Jamais tu n'auras nulz debas.
Il fault que le bas soit ouvert,
Aultrement la teste se pert,
Car, voys tu? la challeur qu'elle a
S'esvacuera par ce lieu la
Incontinent et sans arrest.
PRIMUS
Le dyable m'emporte si n'est
Bonne chose, s'il est ainsi.
Et de la tienne, Dieu mercy,
Que tu dis qui a le cul tendre?
Que y feras tu?
SECOND MARY
Il lui fault prendre
Ung restraintif, entens tu bien?
PREMIER MARY
Le corbieu, vous n'y sçavez rien.
Tu dis que la teste se pert
Si le bas n'est tousjours ouvert,
Et puis tu dis qu'il luy fault prendre
Ung restrainctif; tu dois entendre
Que la fumée retournera
Au cerveau, qui la te fera
Incessament crier et braire.
SECOND MARY
J'ayme mieux qu'elle ayt ung clystére.
PREMIER MARY
Esse tout?
SECOND MARY
Ouy, sur mon ame.
PREMIER MARY
Ergo, tu conclus qu'il n'est femme
Qui n'ayt mal cul ou malle teste.
SECOND MARY
Sans emmoindrir en rien leur fame,
Ici nous disons qu'il n'est femme
Qui ne crie, tempeste ou blasme,
Ou a quelcun le bas ne preste.
PREMIER MARY
Icy concluons qu'il n'est femme
Qui n'ayt mal cul ou malle teste.
LA PREMIERE FEMME
Commére, me conseillez vous
Que je l'endure?
LA SECONDE FEMME
Par bieu, non.
LA PREMIERE FEMME
Mais, parlant icy entre nous,
Commére, me conseillez vous,
Considerez mes amys tous
Sans reproche, et mon bon regnom;
Commére, me conseillez vous
Que je l'endure?
LA SECONDE FEMME
Par bieu non,
Car vous estes femme de nom
Plus qu'il n'est, et de meilleur lieu
Qu'il n'est, dea.
LA PREMIERE FEMME
Je faictz veu a Dieu
Et a tous les sainctz, ma commére:
Me fist demander cinq cent foys
A mon pére.
LA SECONDE FEMME
Je vous en croys;
Mais certes, m'amye, il failloit
Que vous l'eussiez, car Dieu vouloit
Le vous donner de telle sorte.
LA PREMIERE FEMME
Mais le grant dyable, qui l'emporte!
Car jamais Dieu ne s'en mesla.
LA SECONDE FEMME
Communement on dit cela,
Tant soit a Paris comme a Romme:
A femme de bien ung fol homme,
Et a quelque meschante femme
Ung bon homme; aussi sur mon ame,
Jamais n'en veis aultre chose.
LA PREMIERE FEMME
Mauldit soye se je repose
Une heure en paix avecques luy.
Je en ay le cueur si treffailly,
Quand je y pense.
Plorando.
LA SECONDE FEMME
Estes vous folle?
LA PREMIERE FEMME
Autrefoys m'a mis en tel colle
Que je n'eusse point faict de compte
D'avoir faict.....
LA SECONDE FEMME
N'avez vous point honte?
Sainct Pierre, vous n'estes pas saige.
LA PREMIERE FEMME
Par bieu, si j'eusse eu le couraige
D'aulcunes, je ne nomme rien,
Je eusse fait..... Vous m'entendez bien;
Mais prie a Dieu qu'i me confonde
Si jamais a homme du monde
De riens me voulus consentir.
Et si vous veulx bien advertir
Que j'ay esté autant requise
De gens de court et gens d'eglise
Que femme qui soit en la ville.
LA SECONDE FEMME
Que grand dyable vous falloit ille?
LA PREMIERE FEMME
J'ay tousjours vescu jusque icy
Sans reproche, la Dieu mercy,
Et feray tant que je vivray.
LA SECONDE FEMME
Et, par sainct Jacques, je feray
A gens de bien, ainsi l'entens,
Plaisir tant qu'i seront contens;
Mais qu'il soit faict secrétement,
Ce n'est que honneur.
LA PREMIERE FEMME
Par mon serment,
Commére, vous n'estes pas saige.
LA SECONDE FEMME
Taisez vous; ce n'est que l'usaige.
Pensez vous pas que quelque jour
Vous ne tombez en vostre tour?
Ah! par bieu, vous n'estes pas quitte.
LA PREMIERE FEMME
Premier je soys de Dieu mauldicte
Et mengée de chiens et loups!
LA SECONDE FEMME
Par bieu, j'ai dit ainsi que vous,
Aussi d'aultres qui pis en font,
Et faict comme les aultre ont.
Congneustes vous point, la commére,
L'ante de la seur a mon frére?
Elle attendit bien, la meschante,
Car elle avoit des ans cinquante
A l'heure qu'el s'abandonna
A son clerc.
LA PREMIERE FEMME
Ave, Maria!
On la devroit brusler ou pendre.
LA SECONDE FEMME
Et vrayement, de tant attendre.
LA PREMIERE FEMME
Mais d'avoir commis le forfaict.
LA SECONDE FEMME
Mais qu'el ne l'avoit plus tost faict.
LA PREMIERE FEMME
Plus tost faict! Le dyable y ait part!
Elle y vint trop tost.
LA SECONDE FEMME
Mais trop tard;
Que pensés vous, commére, anne?
Le peché est tout pardonné
Quand on ne le faict qu'en cachettes;
Ung tas de menues tendrettes
Ce n'est que chose naturelle.
Par mon serment, m'amye belle,
L'eaue benoiste efface tout.
LA PREMIERE FEMME
Vous le dictes.
LA SECONDE FEMME
Par sainct Griboult,
Le bon Griboult, c'est bien juré,
J'ouys dire a nostre curé
Que Dieu dit en cathimini:
« Eva, multiplicamini;
»Crescite, replete terram »;
Et, si les dames meshouen
Font de Dieu le commandement,
Offensent ilz?
LA PREMIERE FEMME
Nenny vrayment,
Mais il s'entend a leur mary.
LA SECONDE FEMME
Mais s'il ne peuent?
LA PREMIERE FEMME
Je vous empry,
N'en parlez plus; vous estes folle.
Puis que vous estes en tel colle,
Faictes en ce qu'il vous plaira;
Mais mon corps ja ne touchera
Qu'a mon mary. En briefve somme,
Si est ce le plus mauvais homme,
Qui soit d'icy jusque a Paris.
LA SECONDE FEMME
Touchant moy, de tous les marys
Qui furent oncq j'ay le meilleur.
Quant il vient « Venez ça ma fleur,»
Ce me dist il, puis je l'acolle;
Après, je vous entre en parolle
En lui disant: « Ha, mon amy,
»Je ne vous vois pas a demy;
»Souffrez au moins, puis que vous tien,
»Que je vous baise.» -- «Et bien, et bien,»
Ce me dict il; puis je le baise,
Et par ce point jamais de noyse,
Nous n'avons en nostre maison.
LA PREMIERE FEMME
Nous chantons bien aultre leçon:
«Va, va vilain!» -- «Va, va, vilaine,
»Malle bosse, fiebvre quartaine!»
Et cent mille aultres mauldissons
A chascun coup nous nous disons;
Brief, il n'y a point d'amytié
Entre nous.
LA SECONDE FEMME
Voyla grant pitié.
Mais d'ou vous vient ceste riotte
Entre vous?
LA PREMIERE FEMME
Que vous estes sotte!
Sçavez vous pas que j'ay esté,
Que je suis et tousjours seray
Telle que jamais ne meffist
De son corps.
LA SECONDE FEMME
Bon, il nous suffit;
Nous entendons tresbien cela.
LA PREMIERE FEMME
Et pour ceste cause voyla,
Commére, je veulx soustenir,
Qu'il me doibt mieulx entretenir
Que une aultre.
LA SECONDE FEMME
Vous avez raison.
LA PREMIERE FEMME
Retourner fault a la maison;
Commére, je vous dis a Dieu.
LA SECONDE FEMME
Sans point tenir tant de blason,
Retourner fault a la maison.
LA PREMIERE FEMME
Aussi est il temps et saison
De s'en aller.
LA SECONDE FEMME
Vuydons le lieu.
LA PREMIERE FEMME
Retourner fault a la maison;
Commére, je vous dis a Dieu.
LE PREMIER MARY
Je te pry, compére Mathieu,
Que tu viengnes a mon hostel
Pour ouyr ung peu le fretel
De ma femme. Esse pas bien dit?
LE SECOND MARY
Je yray, en faisant cest edit
Que tu viendras ouyr la mienne
Après que auray ouy la tienne.
LE PREMIER MARY
Mais il fauldra que tu te tienne
En ung lieu caché ou tapis.
SECUNDUS
Derriére un dressouer ou tapis,
S'il en y a, je me yray mettre.
PRIMUS
Hou la, hou!
LA PREMIERE FEMME
Voicy nostre maistre.
Il est venu; dresser la table.
LE PREMIER MARY
Dieu garde, Alix!
LA PREMIERE FEMME
Hé, le grand dyable
Puisse sçavoir d'ou vous venez.
Helas, que vous entretenez
Un bel estat!
LE PREMIER MARY
Hée, belle dame,
Ne tençons point.
LA PREMIERE FEMME
Mais, sur mon ame,
Vous deussiez avoir grant honte.
LE PREMIER MARY
Soupperons nous?
LA PREMIERE FEMME
Voila mon compte.
Il y est yvre comme une souppe,
Et puis demande que l'on souppe.
Mauldy soys je! Qui luy tordroit
Ung peu le nez, il en ystroit
Plus de trois chopines de vin.
LE SECOND MARY caché, dit:
Escoutez le sermon divin;
Ce n'est encore que l'introïte.
LE PREMIER MARY
Mais la potée est elle cuytte?
Truffant, bordant, il est saison
De soupper.
LA PREMIERE FEMME
Vous avez raison.
Mais, beau sire, je vous demande,
Ou est l'argent et la viande
Que vous nous avez mise en voye?
LE PREMIER MARY
Par noste Dame, je cuidoye
Qu'il y en eust.
LA PREMIERE FEMME
Vous le cuydiez?
LE PREMIER MARY
Voire vrayment.
LA PREMIERE FEMME
Et vous faisiez...
Vos sanglantes fiebvres quartaines,
Qui vous puissent serrer les vaines,
Et vous puissent rompre le col!
Villain, follastre, meschant fol,
Qu'au dyable soyez vous donné!
LE SECOND MARY, caché
Par bieu, vela bien entonné,
Et fusse pour ung contrepoint.
Sus, Colin, respondez vous point?
Estes vous reus?
LA PREMIERE FEMME
Quel seigneur!
Helas! que c'est ung bel honneur
A vous d'estre puis le matin
A la taverne a boire vin,
Et despendre neuf ou dix blancs;
Et ces pouvres petis enfans,
Et moy avec le plus souvent,
Nous convient desjeuner de vent,
En mourant de fain et de soif?
LE PREMIER MARY
Par le corps bieu, il n'est pas vray.
LA PREMIERE FEMME
Monsieur Colin, sauf vostre grace...
LE PREMIER MARY
De dire qu'en ayez jeusné,
Par le corps bieu, il n'est pas vray.
LA PREMIERE FEMME
Mauldit sois je si du pain j'ay
Demy mon saoul!
LE PREMIER MARY
Paix, paix, becasse!
Par le corps bieu, il n'est pas vray.
LA PREMIERE FEMME
Monsieur Colin, sauf vostre grace...
LE SECOND MARY, caché
Ce n'est encor que la preface;
Nous serons tantost au sanctus.
LE PREMIER MARY
Mauldite soit l'heure que j'euz,
Oncques de toy la congnoissance!
LA PREMIERE FEMME
Aignant, amen, qui l'acointance
Me bailla jamais de ton corps!
LE PREMIER MARY
Voila bien de plaisans acordz.
Après, Alix?
LA PREMIERE FEMME
Ma foy, villain,
Il te falloit une putain,
Plorando
Et non une femme de bien.
LE PREMIER MARY
Le corps bieu, vous ne valez rien
A rost, bouilly, ne a potage.
LA PREMIERE FEMME
Je vaulx mieulx que tout ton lignaige,
Villain marault.
LE PREMIER MARY
Ça, ça, soufflez.
LA PREMIERE FEMME
Allez, de par le dyable, allez;
Il n'y en a point en ma lignie
Qui ayt faict....
LE PREMIER MARY
Quoy?
LA PREMIERE FEMME
La villennie,
Comme a faict ta seur Guillemine.
LE PREMIER MARY
Par la chair bieu, vieille mastine,
Quoquelicocq. Alleluya,
Je vous tueray.
LA PREMIERE FEMME
Scez tu qu'il y a?
Par la croix bieu, se tu me touche,
Je t'arracheray ja la bouche;
Advise bien que tu feras.
Il la bat
LE PREMIER MARY
Par bieu, tu t'en repentiras.
LA PREMIERE FEMME
Mais que dyable me veulx tu faire?
LE PREMIER MARY
Le corps bieu, je vous feray taire
Toute coye, ou bien je verray
Qui sera le plus fort.
LA PREMIERE FEMME
De vray?
Mais qui de toy l'euste bien pensé?
LE PREMIER MARY
Quand tu auras assez tensé,
Tu te tairas.
LA PREMIERE FEMME
Par adventure.
LE PREMIER MARY
Or est tu bien la creature
De ce monde que plus dois hayr.
Helas! tu me deusse obeyr,
Et je t'obeys; c'est au contraire.
LA PREMIERE FEMME
Tu fais cela que tu doys faire,
Si tu le fais. Ha, le feu m'arde!
Si tu avoys une paillarde
Espousé, tu la traicteroys
De tresbon cueur et l'aimeroys
Cent foys plus que tu ne fais moy.
LE PREMIER MARY
Il est possible.
LA PREMIERE FEMME
Par ma foy,
J'ose bien dire et maintenir,
Que jamais tu ne vis venir
Ces gaudelureaux a mon huys
Prescher avec moy ne gaudir,
Comme d'aultres.
LE PREMIER MARY
Pour Dieu tais toy.
Je sçay bien la raison pour quoy:
Ilz ne cerchent point de telz rosses;
Tu es trop layde.
LA PREMIERE FEMME
Tes malles bosses!
C'est du soulcy que m'as donné.
LE PREMIER MARY
En effect, pour dancer aux nopces
Tu es trop layde.
LA PREMIERE FEMME
Tes malles bosses!
LE PREMIER MARY
Qu'on te priast de telz negoces,
L'homme seroit bien abusé.
Tu es trop layde.
LA PREMIERE FEMME
Tes malles bosses!
C'est du soulcy que m'as donné.
Au jour malheureux fortuné,
Que tu me prins, estoys je telle?
LE PREMIER MARY
Nenny vrayment, tu estoys belle.
LA PREMIERE FEMME
Qui m'a faict doncques si villaine?
LE PREMIER MARY
La mauvaistié dont tu es plaine,
Car mauvaistié est de tel sorte
Que, ou elle est, beaulté est morte.
L'on ne dit point, ne te desplaise:
«Ceste femme est belle et maulvaise »,
Car le langaige mieulx s'adonne,
En disant: «Elle est belle et bonne ».
Mais toy, tu n'es bonne ne belle.
LA PREMIERE FEMME
Que dyable suis je donc?
LE PREMIER MARY
Rebelle,
Mal gracieuse et mal plaisante.
LA PREMIERE FEMME
Je ne suis que trop advenante
Pour le sainct a qui suis offerte.
LE PREMIER MARY
Mais, pour Dieu, regardez quel perte
Ce seroit de ce gentil corps.
Que de fiebvre soit il retors!
Aussi bien est il mal fillé.
LA PREMIERE FEMME
Sçais tu qu'il a, Jehan l'anguillé!
Se tu es ayse, si t'y tiens.
LE PREMIER MARY
Dea, m'amye, je ne dis riens.
Que Dieu vous doint mal adventure,
Car vous estes la creature
De ce monde que j'ayme mieulx!
Elle le prend au visaige et dit
LA PREMIERE FEMME
Par la croix bieu!
LE PREMIER MARY
Gardez les yeulx!
Vertu bieu, comme elle esgratigne!
Ma femme, ma doulce poupine,
Corps advenant, plaisante et belle,
Fassonnée comme une chandelle,
Je vous ayme tant que c'est raige.
LA PREMIERE FEMME
Je t'arracheray le visaige,
Traistre, marrault, villain infame.
LE PREMIER MARY
Non feras, car, par Nostre Dame,
Je m'en vays, c'est le plus sortable.
A Dieu, Alix.
LA PREMIERE FEMME
Et toy au dyable,
Qui te puisse rompre le col!
LE PREMIER MARY
Escoutez qu'elle est amyable.
A Dieu, Alix.
LA PREMIERE FEMME
Et toy au dyable!
LE PREMIER MARY
N'est pas bien l'homme miserable
Qui se marie? Il est bien fol.
A Dieu, Alix
LA PREMIERE FEMME
Et toy au dyable,
LE PREMIER MARY
Qui te puisse rompre le col!
Corbieu, si j'avois ung licol,
Je croy que je m'en iroys pendre.
LE SECOND MARY
Dea, Colin, il te fault attendre;
Ta penitence n'est pas faicte.
LE PREMIER MARY
Si joué n'eusse de retraicte,
Le corps bieu, elle m'eust battu.
Mais que t'en semble? Qu'en dis tu?
En veis tu jamais de la sorte?
LE SECOND MARY
Nenny, ou le dyable m'emporte.
LE PREMIER MARY
Conseille moy que je feray.
LE SECOND MARY
Endure.
LE PREMIER MARY
C'est bien enduré.
Je mourray donc en endurant?
LE SECOND MARY
Puisque ta femme a tant duré,
Endure.
LE PREMIER MARY
C'est bien enduré.
Avant l'an maint ahan duray.
LE SECOND MARY
Je diray: c'est en endurant.
Endure.
LE PREMIER MARY
C'est bien enduré.
Je mourray donc en endurant?
LE SECOND MARY
Sus, après, a ce demeurant,
Il fault aller ouyr la mienne,
Mais il fauldra que tu te tienne
Caché, ainsi comme j'ay faict.
LE PREMIER MARY
Ne dictz motz; il sera parfaict.
LE SECOND MARY
Je voys devant a la maison.
Hola, ho!
LA SECONDE FEMME
J'ay ouy le son
De mon mary. Qui est la?
LE SECOND MARY
C'est moy.
LA SECONDE FEMME
Esse vous, mon mary?
LE SECOND MARY
Je croy
Que en voyez ung qui luy ressemble,
Et puis, m'amour, que vous en semble?
Suis je celuy que vous querez?
LA SECONDE FEMME
S'il vous plaist, vous me baiserez,
Et puis après je vous diray
Ce qui en est.
LE SECOND MARY
Je le feray
Voluntiers et de bon couraige.
Il baise sa femme
LE PREMIER MARY
Je fais veu a Dieu, voyla raige!
Est il rien plus doulx ne plus beau?
Ils s'entreleschent le morveau,
Comme les chatz au moys de may.
LA SECONDE FEMME
Je vous supply que vous et moy
Disions ung mot de chanson.
LE SECOND MARY
C'est bien dit, Or sus, commençon.
Ilz chantent.
LA SECONDE FEMME
Mon mary, a mon appetit
Que nous banquetons ung petit:
Dis je bien?
LE SECOND MARY
Vous me faictes rire:
Impossible il est de mieulx dire,
Qui ne vouldroit recommencer.
LA SECONDE FEMME
Voicy de la perdry d'arsoir,
Que vostre compére apporta.
LE SECOND MARY
Ce m'est tout ung; mettez la la.
Et de vin?
LA SECONDE FEMME
Ne vous souciez;
Mais aussi, vous me promettez....
Escoutez; l'avez vous ouy?
Le ferez vous?
LE SECOND MARY
Par bieu, ouy;
Apportez vin tant seullement.
LA SECONDE FEMME
Je le veulx, mais, par mon serment,
Je voys en boire la premiére.
LE SECOND MARY
C'est bien dit; faisons bonne chére.
Est il bon?
LA SECONDE FEMME
Il n'est rien meilleur.
LE SECOND MARY
Or en versez. Hé! la couleur
En est rouge comme sendal.
LA SECONDE FEMME
Et puis, Matthieu?
LE SECOND MARY
Il n'y a rien de mal.
Ou l'avez vous eu?
LA SECONDE FEMME
Ne vous chaille;
Nous n'en devons denier ne maille,
Je l'ay payé en beau contant.
SECOND MARY
Comment, Jehanne? En avez vous tant?
LA SECONDE FEMME
Si j'en ay! Et qu'auray je donques?
Par sainct Jacques, il n'en fust oncques
Que je n'en eusse quelque poy,
La Dieu mercy.
LE SECOND MARY
Je vous en croy;
Mais, belle dame, je vous prie,
Versez la.
LA SECONDE FEMME
Par saincte Marie,
Vous me baiserez.
LE SECOND MARY
Je le veulx
Et si ferons, par bieu, nous deux,
Ceste nuyct... Vous m'entendez bien?
LA SECONDE FEMME
J'ay grant peur que n'en faciez rien;
Vous faictes assez de parolle,
Mais quoy? c'est tout.
LE SECOND MARY
Vous estes folle.
Versez a boire seullement.
LA SECONDE FEMME
Par sainct Jehan, c'est entendement,
Et avez tresbonne memoyre.
LE SECOND MARY
Le marché est faict; j'en voys boire,
A vous; c'est d'autant.
LA SECONDE FEMME
Grans mercys.
Vous beurez aussi bien assis
Comme debout.
LE SECOND MARY
Ce m'est tout ung.
LA SECONDE FEMME
Il fault que je boyve a mon rum;
Ne faict pas?
LE SECOND MARY
Vous avez raison.
LA SECONDE FEMME
Or tenez, soufflez le thyson,
Entreprenant que mangeray.
LE PREMIER MARY
Corbieu, mon homme est demonté.
Matthieu, hau! Viendrez vous?
LE SECOND MARY
Je voys.
Mais que j'aye beu neuf ou dix foys,
Je seray tout prest; attendez.
LA SECONDE FEMME
Il fault bien que vous entendez
Que vous n'irez meshuy dehors.
LE SECOND MARY
M'amour, par la foy de mon corps,
Present me verrez revenir.
LA SECONDE FEMME
Le dyable l'a bien faict venir.
Non pas Dieu.
Plorando.
LE SECOND MARY
Estes vous sotte!
Fault il pleurer? Que de riotte?
Je reviendray tout a ceste heure.
Parlant a Mathieu.
Tu ne sçais pas
LE PREMIER MARY
Et quoy?
LE SECOND MARY
El pleure.
LE PREMIER MARY
Non faict?
LE SECOND MARY
Si faict, sur mon ame.
LE PREMIER MARY
Par bieu, c'est une bonne femme,
Et vouldroy, le dyable m'emporte,
Que la mienne fust de la sorte,
Quelque tendre du cul qu'el soit.
LE SECOND MARY
Mais si ma femme le faisoit.
LE PREMIER MARY
Par ma foy, Martin le becu,
A peine de perdre ung escu
Qu'elle le faict!
LE SECOND MARY
Je n'en croy rien.
LE PREMIER MARY
Le corps bieu, vous estes coqu,
A peine de perdre ung escu!
LE SECOND MARY
Certes, ce seroit mal vescu
S'el le faisoit.
LE PREMIER MARY
Il y a ung bien.
A peine de perdre ung escu,
Qu'elle le faict!
LE SECOND MARY
Je n'en croy rien.
Encor qu'il soit vray, je maintien
Que je suis mille foys plus ayse
Que tu n'es.
LE PREMIER MARY
Point ne le confesse,
Se tu ne me dis la maniére.
LE SECOND MARY
Une foys, ta femme est maistresse,
Tanceresse, orguilleuse et fiére.
LE PREMIER MARY
La tienne est tendre du derriére.
LE SECOND MARY
Et la tienne est dure de teste.
LE PREMIER MARY
Aussi elle est seine et entiére
De son corps, sans rien deshonneste.
LE SECOND MARY
Aussi en douleur et tempeste
Uses ta vie, et en tourment,
Et scés tresbien que l'homme est beste
S'il n'a pas ung peu d'aysement.
Se ma femme secrétement
Le preste a ung ou bien a deux,
C'est tout ung, car, par mon serment,
J'en ay encor plus que ne veulx.
Outre plus, congnoistre tu peulx
Comment ta femme est acoustrée:
Femmes ne tiennent compte d'eulx
S'ilz ne s'aydent de leur derriére.
LE PREMIER MARY
Tu dis vray. Elle est esventrée,
La plus orde, la plus villaine,
La plus crottée et mal coiffée
Qui soit en la nature humaine.
LE SECOND MARY
Il n'est que une femme mondaine
Pour estre propre et mignonnette.
Raison pourquoy? Elle prent peine
A s'acoustrer et tenir nette.
Aulcunes foys on se deshette,
Mais, tant soit ung homme esbahy,
Quant il voit sa femme proprette,
Il s'en treuve tout esjouy.
N'est il pas vray?
LE PREMIER MARY
Par bieu, ouy,
Et est ta raison bien entiére;
Par quoy conclus, ton cas ouy
Et le mien sur ceste matiére,
Qu'il vault trop mieulx femme de bonne chére,
Presupposé qu'el preste le derriére
Secrettement, que femme a malle teste,
Ce neantmoins qu'el soit chaste et honneste;
Pour vivre en paix l'autre est plus singuliére.
LE SECOND MARY
Ne me parlés jamais de femme fiére;
Il vauldroit mieux que l'homme fust en biére
Que d'en avoir.
LE PREMIER MARY
Il est tout manifeste
Qu'il vault trop mieux femme de bonne chére,
Presupposé qu'el preste son derriére
Secrettement, que femme a malle teste.
La raison est: el vous a la maniére
De vous traicter; la peine n'est point chére;
Elle se rit tousjours, chante, ou faict faiste,
Mais de l'autre qui pleure puis tempeste,
N'en parlez point.
MATHIEU
Conclusion derniére,
Il vauldroit mieulx femme de bonne chére,
Presupposé qu'el preste le derriére
Secrétement, que femme a malle teste,
Ce neantmoins qu'el soit chaste et honneste;
Pour vivre en paix l'autre est plus singuliére.
COLIN
Avant que tirer plus arriére,
Ainsi comme il est de raison,
La petite chanson gorriére!
Ce faisant, a Dieu vous dison.
Fin.